Injections illégales : ce que les cas de botulisme ont changé

À l’été 2024, des patients se sont présentés aux urgences avec la vue double, la voix éteinte, des difficultés à avaler puis à respirer. Point commun : une injection « anti-rides » réalisée quelques jours plus tôt par une personne qui n’était pas médecin, avec un produit d’origine inconnue. Plusieurs ont fini en réanimation, certains avec une trachéotomie. Deux ans plus tard, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a publié deux alertes et saisi la justice, le gouvernement a tenté de légiférer, et les « fake injectors » n’ont pas disparu. Point d’étape, au début d’octobre 2026. Les règles de fond sont détaillées dans notre page sur la toxine botulique.

Femme en chemise blanche consultant son smartphone

En bref

  • Huit cas graves de botulisme ont été signalés à l’ANSM entre août et septembre 2024, puis trois autres annoncés en octobre 2025, tous après des injections illégales.
  • En France, la toxine botulique à visée esthétique reste réservée à cinq spécialités médicales ; aucune extension n’avait été publiée à la date de cet article.
  • Depuis 2024, la délivrance de produits injectables à base d’acide hyaluronique est soumise à prescription médicale.
  • Des mesures d’encadrement votées dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ont été censurées ; d’autres textes ont été transmis au Conseil d’État au printemps 2026.
  • Devant des symptômes après une injection, on appelle le 15, puis on signale l’événement sur le portail officiel.

Chronologie d’une alerte

Entre août et septembre 2024, le réseau de pharmacovigilance a rapporté à l’ANSM huit cas graves survenus après des injections de toxine botulique à visée esthétique réalisées par des personnes non habilitées. Les patients ont présenté des troubles de la déglutition et de la parole, des difficultés à marcher, une vision trouble ou double, une gêne respiratoire. En septembre 2024, l’agence a saisi le procureur de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale.

Le 27 février 2025, l’ANSM a rendu l’affaire publique sous un titre sans ambiguïté : « Des pratiques illégales d’injection de toxine botulinique mettent en danger les utilisateurs ». Le 23 octobre 2025, nouvelle alerte : trois cas graves supplémentaires depuis la précédente communication, dont des patients admis en réanimation pour détresse respiratoire. L’Assurance Maladie a repris ces informations en décembre 2025 sur ameli.fr, en rappelant que ces injections hors cadre « constituent des pratiques illégales, punies par la loi ».

Pourquoi la toxine peut provoquer un botulisme

La toxine botulique est la substance responsable du botulisme. En médecine esthétique, elle est utilisée à doses infimes, dans des muscles précis, sous forme de médicaments autorisés dont la concentration est connue. Le danger naît lorsque le produit est d’origine inconnue, contrefait ou mal dosé, ou injecté par quelqu’un qui ignore l’anatomie : la toxine peut alors diffuser et paralyser des muscles à distance. L’ANSM souligne que les produits achetés sur Internet peuvent ne pas contenir la substance annoncée, ou contenir des substances toxiques à des concentrations dangereuses, et rappelle que leur vente en ligne est interdite.

Les signes décrits par l’agence doivent être connus de toute personne qui a reçu une injection :

  • vision trouble ou double, paupière supérieure qui tombe ;
  • difficulté à parler ou à avaler, fausses routes ;
  • faiblesse musculaire inhabituelle, difficulté à marcher ;
  • gêne respiratoire.

Ces symptômes peuvent apparaître quelques jours après l’injection. Les formes sévères peuvent être mortelles : c’est une urgence, qui relève du 15.

Portrait d'une femme en haut beige, regard direct

Ce qui a changé depuis 2024, et ce qui n’a pas bougé

Les règles de fond sont restées les mêmes

La toxine botulique à visée esthétique est un médicament de la liste I, réservé à l’usage professionnel. Seuls peuvent la prescrire et l’injecter les dermatologues, les chirurgiens plasticiens, les chirurgiens de la face et du cou, les chirurgiens maxillo-faciaux et les ophtalmologistes, rappellent l’ANSM et le ministère de la Santé dans sa réponse à une question écrite publiée au Journal officiel le 10 juin 2025. Le Conseil national de l’Ordre des médecins plaide pour ouvrir la prescription aux médecins titulaires du diplôme interuniversitaire de médecine esthétique, mais à la date de cet article, aucun texte en ce sens n’avait été publié à notre connaissance.

Pour l’acide hyaluronique, un décret du 29 mai 2024 soumet la délivrance des produits injectables à prescription médicale, afin de couper l’approvisionnement des injecteurs non médecins. Ces injections restent, elles aussi, réservées aux médecins, comme le détaille notre page sur l’acide hyaluronique.

La riposte réglementaire avance lentement

Interrogé au Sénat le 19 mai 2026, le gouvernement a reconnu que des dispositions d’encadrement de la médecine esthétique, introduites dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, avaient été censurées par le Conseil constitutionnel comme sans rapport avec l’objet de cette loi. Il a annoncé que des textes réservant certains actes à des professionnels formés et autorisés avaient été transmis au Conseil d’État, avec un objectif de clarification « d’ici à l’été ». Le 25 août 2026, une question écrite à l’Assemblée nationale en demandait encore le calendrier ; à notre connaissance, ils n’étaient pas parus au moment de publier.

Le phénomène, lui, persiste

La même question écrite cite des signalements de pratiques illégales adressés à l’Ordre des médecins en nette hausse, 213 en 2025 contre 128 en 2024, et deux décès survenus en 2026 après des injections clandestines, à Villeurbanne en mars et à Nice en juillet. Ces affaires font l’objet de procédures judiciaires, et les personnes mises en cause sont présumées innocentes. Elles ne relèvent pas toutes de la toxine botulique : le problème dépasse ce seul produit.

Comment reconnaître une pratique illégale

L’ANSM et l’agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, dans une fiche publiée en avril 2026, dressent la même liste de signaux d’alerte :

  • une personne sans qualification médicale vérifiable, se présentant comme « injectrice » ou « esthéticienne médicale » ;
  • un lieu non médical : appartement, chambre d’hôtel, logement loué, « salon privé », domicile du client ;
  • un rendez-vous obtenu par messagerie après une publicité sur les réseaux sociaux ;
  • des promesses du type « aucun effet secondaire », « injection indolore », « zéro risque » ;
  • un prix nettement inférieur à celui des cabinets, des offres promotionnelles ;
  • aucune consultation préalable, aucun questionnaire médical, aucun formulaire de consentement ;
  • un produit sans boîte ni notice, dont on refuse de vous donner la marque et le numéro de lot.

Depuis la loi de juin 2023 sur l’influence commerciale, la promotion d’actes de médecine ou de chirurgie esthétiques par des influenceurs est en outre interdite.

Vérifier un praticien en deux minutes

Avant toute injection, tapez le nom du médecin sur l’Annuaire Santé (annuaire.sante.fr) : vous y trouverez son numéro RPPS, sa profession et sa spécialité. Pour la toxine botulique, la spécialité doit figurer parmi les cinq citées plus haut ; un médecin généraliste, même formé, n’est pas habilité. Exigez une consultation préalable et la traçabilité du produit. Notre article sur les vérifications qui comptent avant de choisir son médecin esthétique développe chacun de ces points, et notre annuaire des Bouches-du-Rhône ne référence que des professionnels dont l’inscription est vérifiable. Parmi eux, deux dermatologues mentionnent la toxine botulique : le cabinet du Dr Anne Le Pillouer-Prost à Marseille 8e et le cabinet du Dr Sylvie Lederlé à Puyricard, sans que cette mention vaille recommandation.

Que faire si vous êtes concerné

En cas de symptômes

Appelez le 15 sans attendre devant une vision double, une difficulté à avaler ou à respirer, une faiblesse qui s’étend. Conservez si possible le flacon, l’emballage et les messages échangés : ils aideront les médecins comme les enquêteurs.

Signaler

Tout effet indésirable, même modéré, peut être déclaré par le patient lui-même sur le portail signalement.social-sante.gouv.fr, que l’injecteur soit un médecin ou non. Une pratique illégale peut être signalée à l’agence régionale de santé (en Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’ARS PACA, dont le siège est à Marseille), au conseil départemental de l’Ordre des médecins, et faire l’objet d’une plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Les publicités illicites en ligne peuvent être signalées sur la plateforme Pharos.

Ce que risquent les injecteurs

Une injection est un acte médical. La pratiquer sans être médecin constitue un exercice illégal de la médecine, puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, comme le rappelle l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, sans préjudice d’autres poursuites lorsque la santé du client est atteinte.

Pour aller plus loin

Si vous avez reçu une injection dans les règles, les suites normales sont décrites dans nos articles sur la durée d’effet de la toxine botulique et sur ce qu’il faut éviter après l’injection, et, pour l’acide hyaluronique, sur le gonflement des lèvres. Le panorama des actes et de leurs règles figure dans notre guide de la médecine esthétique à Marseille, et les soins relevant du dermatologue dans notre page de dermatologie esthétique.

Questions fréquentes

Le botulisme après une injection esthétique est-il fréquent ?

Non, il est exceptionnel avec des médicaments autorisés, injectés par un spécialiste habilité aux doses esthétiques. Les cas graves signalés en France depuis 2024 sont liés à des injections illégales, avec des produits d’origine inconnue.

Une esthéticienne formée peut-elle injecter du « botox » ?

Non. Aucune formation privée ne donne ce droit. L’injection de toxine botulique est réservée à cinq spécialités médicales, et toute injection relève du médecin.

Que risque-t-on, en tant que client, à se faire injecter illégalement ?

Avant tout pour sa santé : infection, nécrose, allergie, botulisme. Les poursuites visent ceux qui pratiquent ou fournissent ; le client, victime potentielle, peut porter plainte.

Les règles vont-elles changer ?

Des textes sont en préparation depuis le printemps 2026. Tant qu’ils ne sont pas publiés, les règles actuelles s’appliquent.

Sources