Choisir son médecin esthétique à Marseille : les vérifications qui comptent

On compare trois restaurants avant de réserver une table sur le Vieux-Port, mais on accepte parfois une injection sur la foi d’une vidéo de trente secondes. La médecine esthétique s’est banalisée, à Marseille comme ailleurs, et l’offre n’a jamais été aussi abondante : cabinets de dermatologie, centres laser, cliniques, et en marge, des injecteurs qui n’ont aucun droit de toucher une seringue. Bonne nouvelle, les contrôles utiles sont publics, gratuits et rapides. Voici, dans l’ordre, ce que nous vérifierions avant de nous asseoir dans le fauteuil, en complément de notre guide de la médecine esthétique à Marseille.

Cabinet épuré aux murs blancs, un olivier en son centre

En bref

  • Une injection à visée esthétique est un acte médical : seul un médecin peut la réaliser, et la toxine botulique est réservée à cinq spécialités.
  • Le numéro RPPS, la profession et les qualifications d’un médecin se consultent sur l’Annuaire Santé, un service public gratuit.
  • Tout professionnel de santé libéral doit être assuré en responsabilité civile professionnelle, au titre de l’article L.1142-2 du Code de la santé publique.
  • Le coût doit être annoncé avant l’acte ; une information écrite est due dès que les dépassements atteignent 70 euros.
  • La promotion d’actes de médecine ou de chirurgie esthétiques par des influenceurs est interdite depuis 2023.

Vérification n° 1 : est-ce bien un médecin ?

La question paraît naïve. Elle ne l’est pas. En juillet 2022, l’ANSM a dû rappeler publiquement que les injections d’acide hyaluronique à visée esthétique ne peuvent être réalisées que par des médecins, après une série de signalements liés à des injecteurs non habilités. Une esthéticienne, une « praticienne en beauté » formée en quelques jours ou une infirmière exerçant seule ne peuvent pas injecter dans un but esthétique.

Le contrôle tient en une recherche. L’Annuaire Santé (annuaire.sante.fr), édité par l’Agence du numérique en santé, donne accès librement au numéro RPPS du professionnel, à son nom d’exercice, à sa profession, à ses qualifications et aux coordonnées de ses structures d’exercice. Tapez le nom exact figurant sur la plaque ou le site du cabinet. Si personne ne correspond, ou si la profession affichée n’est pas « médecin », la discussion s’arrête là.

Vérification n° 2 : la bonne spécialité pour le bon geste

Être médecin ne suffit pas toujours. Pour l’acide hyaluronique, la loi ouvre l’acte à tout médecin ; reste à savoir s’il y est formé, ce que la consultation permet de vérifier. Pour la toxine botulique, la règle est plus stricte : les médicaments autorisés en esthétique sont, selon l’ANSM, réservés aux spécialistes en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, en dermatologie, en chirurgie de la face et du cou, en chirurgie maxillo-faciale et en ophtalmologie. Un médecin généraliste, même très expérimenté en acide hyaluronique, n’entre pas dans cette liste. Notre page consacrée à la toxine botulique détaille ces conditions de prescription.

La qualification apparaît sur l’Annuaire Santé. Elle se distingue des diplômes complémentaires : depuis 2024, un diplôme interuniversitaire de médecine esthétique, proposé notamment par Aix-Marseille Université, fait partie des mentions que l’Ordre des médecins autorise sur les plaques et ordonnances. Sa présence renseigne sur une formation suivie ; elle ne transforme pas un généraliste en dermatologue et n’ouvre pas le droit d’injecter la toxine.

Même logique pour les lasers. Depuis le décret du 24 mai 2024, l’épilation au laser ou à la lumière pulsée peut être réalisée en institut par un esthéticien formé, mais les autres usages du laser sur la peau, comme le traitement des taches ou de la couperose, restent médicaux. Notre page sur l’épilation laser fait le point sur ce que le décret autorise et n’autorise pas.

Vérification n° 3 : l’assurance, une obligation légale

L’article L.1142-2 du Code de la santé publique impose aux professionnels de santé exerçant à titre libéral de souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle. Comme le rappelle la MACSF, le défaut d’assurance est puni d’une amende pouvant atteindre 45 000 euros et peut entraîner des sanctions disciplinaires. Concrètement, cette assurance garantit qu’en cas de dommage, une indemnisation est possible.

Un injecteur illégal n’est couvert par rien : en cas de complication, le patient se retrouve seul. Demander au cabinet le nom de son assureur n’a rien d’incongru ; un praticien installé répond sans difficulté.

Vérification n° 4 : un prix annoncé avant, par écrit

Les actes à visée esthétique ne sont pas remboursés par l’Assurance Maladie. Leurs honoraires sont libres, mais pas leur affichage. L’Ordre des médecins rappelle que le médecin doit remettre une information écrite préalable, avec la description des actes et le montant des honoraires, dès que le dépassement atteint 70 euros, conformément à l’arrêté du 30 mai 2018. Les tarifs doivent en outre être affichés de façon visible et lisible dans la salle d’attente.

Pour une injection, demandez donc un document qui précise le produit envisagé, la ou les zones, le prix et ce qu’il comprend : consultation, contrôle à quinze jours, éventuelle retouche. Méfiez-vous d’un tarif « à la seringue » annoncé par messagerie sans examen. Notre page prix et remboursements explique comment lire un devis et pourquoi nous ne publions pas de prix de marché.

Si votre projet relève de la chirurgie, les règles se durcissent : devis détaillé obligatoire et délai de réflexion d’au moins quinze jours entre sa remise et l’intervention, comme l’explique notre dossier sur la chirurgie esthétique.

Femme élégante assise à un bureau devant un ordinateur portable, dans une lumière douce

Vérification n° 5 : le lieu et la consultation préalable

Un acte médical se pratique dans un cabinet ou un établissement, pas dans un salon, un appartement loué à la journée ou une chambre d’hôtel. L’Annuaire Santé indique les structures d’exercice du médecin : l’adresse où vous êtes reçu doit y correspondre. Pour la chirurgie, l’intervention a lieu dans une installation autorisée.

La première rencontre doit être une vraie consultation, distincte du geste, au cours de laquelle le médecin interroge vos antécédents, vos traitements, vos attentes, examine la zone et explique ce que le produit ne fera pas. L’ANSM rappelle qu’il doit recueillir votre consentement éclairé sur les effets et les risques, et assurer la traçabilité du produit : type, marque et numéro de lot. Demandez à voir la boîte. Un flacon sans emballage ni notice est un signal d’alarme.

Un refus argumenté, face à une demande disproportionnée, est souvent un meilleur indice de sérieux que l’enthousiasme.

Vérification n° 6 : lire les réseaux sociaux avec méfiance

Instagram et TikTok sont devenus la vitrine de l’esthétique, et le lieu de la plupart des dérives. Quelques repères permettent de faire le tri.

  • La loi du 9 juin 2023 sur l’influence commerciale interdit aux influenceurs de promouvoir des actes de médecine ou de chirurgie esthétiques. Le ministère de l’Économie mentionne des sanctions pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende. Une « collaboration » mettant en scène une injection est donc illicite.
  • Le code de déontologie médicale pose un principe simple : « La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce. » Codes promotionnels, offres à durée limitée, parrainages et jeux-concours n’ont rien à faire sur le compte d’un médecin.
  • Un compte qui ne mentionne ni nom complet, ni adresse de cabinet, et propose un rendez-vous par message privé doit être écarté.
  • Les photos « avant/après » peuvent être retouchées, éclairées différemment ou choisies parmi les meilleurs résultats. Elles ne disent rien de votre propre visage.

Le danger n’est pas théorique. En février 2025, l’ANSM a signalé huit cas graves de botulisme survenus entre août et septembre 2024 après des injections illégales de toxine, avec des hospitalisations en réanimation et des trachéotomies ; l’agence a saisi le procureur de la République et souligne que ces pratiques sont parfois promues sur les réseaux sociaux.

À Marseille : comment procéder concrètement

La métropole compte de nombreux dermatologues, chirurgiens plasticiens et médecins formés à l’esthétique, du 8e arrondissement à Aix-en-Provence. Commencez par définir votre demande, puis cherchez la spécialité adaptée. Pour une ride du lion, orientez-vous vers l’une des cinq spécialités autorisées pour la toxine ; pour un volume perdu, un médecin formé aux injections d’acide hyaluronique ; pour une tache ou des rougeurs, un dermatologue, la page dermatologie esthétique expliquant pourquoi l’examen de la peau précède tout traitement.

Notre annuaire des Bouches-du-Rhône ne référence que des professionnels dont l’inscription est vérifiable, selon les règles exposées dans notre méthode. Parmi les fiches figurent par exemple le cabinet de dermatologie et laser du Dr Anne Le Pillouer-Prost et le Centre Laser Dermatologique Esthétique, tous deux dans le 8e arrondissement. Ces mentions ne valent pas recommandation : les vérifications décrites ici restent les vôtres.

Prendre deux avis pour un premier traitement est une pratique courante. Un médecin sérieux ne s’en offusque pas.

Questions fréquentes

Comment vérifier le numéro RPPS d’un médecin ?

Sur annuaire.sante.fr, en saisissant son nom. La fiche indique le numéro RPPS, la profession, les qualifications et les lieux d’exercice déclarés. La consultation est gratuite et ne demande aucun compte.

Un diplôme de médecine esthétique autorise-t-il à injecter de la toxine botulique ?

Non. Le droit de prescrire les toxines à visée esthétique dépend de la spécialité du médecin, pas d’un diplôme complémentaire. Seules cinq spécialités sont concernées.

Peut-on demander au médecin le nom du produit injecté ?

Oui, et c’est même recommandé. Le praticien doit assurer la traçabilité du produit, marque et numéro de lot compris. Conservez ces références : elles serviront en cas d’effet indésirable.

Que faire si l’on a été injecté par une personne non habilitée ?

Consulter un médecin au moindre symptôme inhabituel, en urgence en cas de trouble de la vision, de la déglutition ou de la respiration, puis déclarer l’événement sur signalement.social-sante.gouv.fr.

Sources