Cryolipolyse, ultrasons focalisés (HIFU), radiofréquence, lipolaser : ces techniques promettent d’affiner une zone précise sans passer par le bloc opératoire. Elles agissent sur de petits amas graisseux localisés, pas sur le surpoids, et leurs résultats sont modestes et variables. La Haute Autorité de santé s’est prononcée à deux reprises sur la sécurité de ces méthodes, en 2011 puis en 2018, et cinq techniques invasives sont interdites en France depuis 2011. Voici ce qu’il faut savoir avant de réserver une séance, à Marseille comme ailleurs.

L’essentiel
- Cinq techniques invasives de destruction des graisses à visée esthétique sont interdites depuis le décret du 11 avril 2011 : injections de solutions hypo-osmolaires, de produits lipolytiques ou de mélanges mésothérapeutiques, carboxythérapie et laser transcutané sans aspiration.
- Les techniques non invasives, comme les ultrasons focalisés ou la radiofréquence, n’ont pas été interdites : le Conseil d’État a annulé en 2012 la disposition qui les visait.
- En 2018, la HAS a relevé pour la cryolipolyse des brûlures et une complication, l’hyperplasie adipeuse paradoxale, plus fréquente qu’annoncé par les fabricants.
- Aucune de ces techniques ne remplace une perte de poids ni une liposuccion.
- Elles ne sont pas remboursées par l’Assurance Maladie.
Ce que ces techniques peuvent, et ne peuvent pas, faire
Toutes reposent sur la même idée : endommager de façon ciblée les cellules graisseuses, les adipocytes, par le froid, la chaleur ou des ultrasons, pour que l’organisme les élimine progressivement. On parle de lyse adipocytaire. Le bénéfice éventuel concerne des surcharges localisées, résistantes à l’alimentation et à l’activité physique, chez une personne dont le poids est stable. Ces méthodes ne traitent ni l’obésité, ni la cellulite au sens médical, ni un relâchement important de la peau, qui relève de la chirurgie esthétique.
Les principales techniques
Cryolipolyse
Un applicateur aspire le pli cutané et le refroidit pendant une durée déterminée ; les adipocytes, plus sensibles au froid que les tissus voisins, sont censés en pâtir. Dans son avis du 11 juillet 2018, la HAS a analysé les complications de cette technique. Les effets fréquents sont généralement transitoires : œdème, douleurs, rougeurs, ecchymoses, troubles de la sensibilité. Elle a surtout pointé deux risques plus sérieux : des brûlures, signalées en France et en Europe, et l’hyperplasie adipeuse paradoxale, c’est-à-dire une augmentation du volume graisseux dans la zone traitée au lieu de sa diminution. Cette complication, jugée plus fréquente que ne l’indiquent les fabricants, peut nécessiter une liposuccion, voire une abdominoplastie, pour être corrigée.
La HAS a recommandé une information orale et écrite détaillée avant l’acte, y compris sur les risques rares, une formation des professionnels, une harmonisation de la sécurité des appareils, la traçabilité des actes et un système de vigilance. Elle notait aussi l’apparition d’appareils à usage domestique vendus en ligne.
Ultrasons focalisés (HIFU)
Les ultrasons de haute intensité concentrent leur énergie en profondeur pour chauffer une zone ciblée, sans effraction de la peau. Ils sont proposés pour la graisse localisée et, sur le visage, pour un effet de raffermissement. En 2011, la HAS avait classé les ultrasons focalisés, comme la radiofréquence, le laser externe et les infrarouges, dans la catégorie « suspicion de danger grave ». Le Conseil d’État a toutefois annulé en 2012 l’interdiction qui en découlait, en relevant que le rapport d’évaluation ne faisait état d’aucune complication grave, seulement d’effets légers et passagers. Les données de long terme restent limitées.
À ne pas confondre : la lipocavitation, qui utilise des ultrasons de basse fréquence, doit être exercée par un médecin ou un masseur-kinésithérapeute, selon la DGCCRF.
Radiofréquence
La radiofréquence chauffe le derme et l’hypoderme pour stimuler le collagène et, selon les appareils, agir sur la graisse. Elle est utilisée sur le corps et le visage, parfois associée à d’autres technologies. Le principal risque tient à la brûlure, d’où l’importance d’un réglage adapté et d’un opérateur formé.
Lipolaser
Le terme recouvre des réalités différentes. Le laser transcutané « sans aspiration », dans lequel une fibre est introduite sous la peau pour faire fondre la graisse sans l’aspirer ensuite, fait partie des cinq techniques interdites depuis 2011. Les appareils externes à basse énergie commercialisés sous le nom de lipolaser relèvent, selon la DGCCRF, de la médecine esthétique, réalisée exclusivement par des médecins. Les preuves de leur efficacité restent minces.
Ce que dit la littérature et la HAS
L’histoire réglementaire de ces techniques éclaire leur statut actuel. Saisie par la Direction générale de la santé après des complications ayant laissé des séquelles graves, la HAS a publié en avril 2011 une évaluation de la lyse adipocytaire à visée esthétique. Elle y classait les techniques invasives, celles qui introduisent un agent chimique ou thermique sous la peau, dans la catégorie « danger grave », et les techniques non invasives dans la catégorie « suspicion de danger grave ». Elle soulignait qu’en l’absence de visée thérapeutique, seule la sécurité devait être prise en compte et que renoncer à ces actes n’entraînait aucune perte de chance en santé.
Le décret n° 2011-382 du 11 avril 2011 a suivi. Son article 1er interdit les cinq techniques invasives citées plus haut. Son article 2, qui visait les techniques non invasives, a d’abord été suspendu en référé en juin 2011, puis annulé par le Conseil d’État le 17 février 2012. L’interdiction de l’article 1er a, elle, été confirmée.
Pour la cryolipolyse, apparue plus tard, la HAS a rendu en 2018 l’avis évoqué ci-dessus. Aucune de ces évaluations n’a conclu à une efficacité démontrée de manière robuste : elles portent avant tout sur les risques. Retenez donc qu’une technique autorisée n’est pas pour autant une technique dont les résultats sont garantis.
Qui pratique ces techniques ?
Le paysage est hétérogène. La HAS relevait en 2018 que les appareils de cryolipolyse étaient utilisés aussi bien par des professionnels de santé, dermatologues, chirurgiens plasticiens ou généralistes, que par des professionnels de l’esthétique et du bien-être. La DGCCRF précise de son côté que le froid utilisé par une esthéticienne ne doit entraîner aucune destruction de cellules, et que les allégations doivent être rigoureusement démontrées. La lipocavitation relève du médecin ou du kinésithérapeute, le lipolaser du médecin.
Sur le plan des appareils, le règlement européen sur les dispositifs médicaux s’applique désormais à certains produits sans finalité médicale, parmi lesquels les équipements destinés à réduire, éliminer ou détruire le tissu adipeux. L’ANSM est chargée de leur surveillance.
En pratique, avant une séance, demandez qui la réalise, avec quelle formation, quel appareil et quel marquage, quelle information écrite vous sera remise et qui vous prendra en charge en cas de brûlure ou de complication. Un bilan médical préalable reste un gage de prudence, notamment en cas de hernie, de troubles circulatoires ou de grossesse.
Les limites à garder en tête
Les résultats, lorsqu’ils existent, apparaissent progressivement, sur plusieurs semaines, et demandent souvent plusieurs séances. Ils varient d’une personne à l’autre et peuvent être effacés par une prise de poids. Les photographies avant/après publiées par les centres ne sont pas des études. Si votre objectif est une transformation importante de la silhouette, un rendez-vous avec un médecin, généraliste, nutritionniste ou chirurgien plasticien selon la situation, sera plus utile qu’un forfait de séances. Sous le soleil marseillais, l’envie d’être prête pour l’été est compréhensible ; elle ne justifie pas de brûler les étapes.
Coût
Ces techniques ne sont pas remboursées. Le tarif dépend de la zone, du nombre d’applicateurs ou de séances et de l’appareil. Nous ne publions pas de prix sans source publique datée : consultez notre page prix pour savoir lire une offre, et notre annuaire pour trouver des médecins des Bouches-du-Rhône. Les injections et autres actes du visage sont présentés dans la page médecine esthétique, les lasers dans la page laser et épilation.
Questions fréquentes
La cryolipolyse est-elle dangereuse ?
Elle n’est pas interdite, mais la HAS a identifié en 2018 des brûlures et des cas d’hyperplasie adipeuse paradoxale, plus fréquents qu’annoncé. Une information complète sur ces risques doit vous être donnée avant l’acte.
Les injections qui « font fondre la graisse » sont-elles autorisées ?
Non. Les injections de produits lipolytiques, de solutions hypo-osmolaires ou de mélanges mésothérapeutiques à visée esthétique sont interdites en France depuis le décret du 11 avril 2011.
Une esthéticienne peut-elle pratiquer la cryolipolyse ?
La HAS constatait en 2018 que ces appareils étaient aussi utilisés dans le secteur de l’esthétique. La DGCCRF rappelle qu’un soin esthétique par le froid ne doit entraîner aucune destruction de cellules ; le statut exact dépend donc de l’appareil et de ce qui est revendiqué. Dans le doute, un cadre médical offre davantage de garanties.
Le HIFU est-il interdit ?
Non. Le Conseil d’État a annulé en 2012 l’interdiction des techniques non invasives, dont les ultrasons focalisés, faute de complication grave rapportée dans l’évaluation de la HAS.
Ces techniques remplacent-elles une liposuccion ?
Non. Leur effet est plus limité et moins prévisible. La liposuccion est une intervention chirurgicale soumise à d’autres règles, décrites dans notre page sur la chirurgie esthétique.
Sources
- HAS, Lyse adipocytaire à visée esthétique : questions-réponses (avril 2011)
- AP-HP, Conseil d’État, 17 février 2012, n° 349431, actes à visée esthétique
- Weka, Suspension de l’exécution du décret portant interdiction des actes de lyse adipocytaire (2011)
- Vidal, Cryolipolyse à visée esthétique : préconisations de la HAS (avis du 11 juillet 2018)
- DGCCRF, FAQ Encadrement des soins esthétiques et de la coiffure
- ANSM, Quels sont les dispositifs sans finalité médicale couverts par le règlement 2017/745 ?